Tout le monde a raison de son point de vue

J’ai trouvé cette expression dans un des livres de Paul Watzlawick, un des meilleurs représentants de l’Ecole de Palo Alto, du moins en France, mais en fouillant dans les entrailles de l’Internet j’ai découvert  qu’elle n’était pas  de lui en mais de Gandhi. C’est en effet plus conforme aux personnages. En effet, quoique Palo Alto ne soit pas une idéologie guerrière, elle ne prône par non plus la Paix systématique comme le Bien suprême, car elle constate que les tensions, conflits, et autres guerres sont inévitables.

En fait Gandhi a dit :


« Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort. »

Nous nous occuperons de la fin de la phrase une autre fois, quand nous traiterons l’idée qu’on puisse avoir tort ou raison…

Cette affirmation choque la plupart d’entre nous, habitués que nous sommes à penser que certains ont raison, – en général ce sont ceux qui pensent comme nous -, et donc, que tous les autres ont nécessairement tort. On remarque au passage que ceci est encore un dualisme : tu as tort parce que j’ai raison et vice-versa. Notons aussi le ‘parce que’ comme s’il y avait un rapport de cause à effet entre ces deux parties de la phrase.  Pour nous, il est évident que si j’ai raison c’est que tu as tort, c’est un jeu à somme nulle. Que nous ayons tous deux raison ou tous deux tort, est peu concevable pour un cerveau moyen d’un de nos contemporains, et même pour de soi-disant scientifiques habitués aux raisonnements dits rationnels et analytiques.

Maintenant l’expression que nous analysons aujourd’hui dit aussi : de son point de vue. Je n’ai donc pas raison, dans l’absolu, en soi, mais en fonction de mon point de vue. Cela peut paraître un pseudo pléonasme au premier abord, mais en fait c’est plus futé que ça. Cela met en avant l’aspect relatif de toute affirmation, de toute opinion, et rejoint la Sémantique Générale  qui dit que selon la façon dont on voit la réalité on aboutit à créer chacun sa  propre réalité.

Ma Montagne
La montagne de Roger

Pour faire comprendre ce que veut dire cette expression, prenons un exemple dans une illustration qui m’est chère,  en tant qu’ex randonneur : une description de la montagne. Mon ami Roger et moi avons décidé de monter en haut du Mont Vérité. Et, par jeu, on a décidé que Roger monterait par la face Nord et moi par la face Sud. Et qu’on échangerait nos impressions en arrivant là-haut, avec une bonne bière au refuge.

 J’ai pris la face Sud par égoïsme car je sais qu’elle est plus facile et puis je suis plus vieux que Roger. Je chemine  dans un sentier en pente douce, avec peu de difficultés, et un panorama comme  disent les guides de tourisme « à couper le souffle ». J’ai le temps d’admirer un paysage de plaine, des prairies en fleurs, et quelques animaux qui se chauffent  au soleil, surtout des marmottes prêtes à filer dans leurs trous,  et au loin des isards craintifs. Une ombre passe de temps à autre, celles d’une bande de vautours à la recherche d’une charogne, voire même d’un être encore vivant. Bref, tout est idyllique et je souffle à peine. J’arrive au sommet le premier, je commande ma bière et vais m’assoir sur la terrasse pour épier mon ami Roger qui arrive par l’autre côté.

Une bonne demi-heure plus tard c’est un Roger dévasté que je vois arriver, titubant et transpirant comme une fontaine. Je lui commande sa bière par avance. Il me raconte sa montée, avec des pentes raides, et des passages où il faut presque se mettre à quatre pattes. Il s’est piqué à toutes sortes de plantes et n’a que peu regardé le paysage de peur de tomber, de toute façon sans grand intérêt car ce n’étaient que montagnes, rochers à perte de vue et éboulis dangereux.

Il est clair que sa montagne n’était pas la mienne. Alors lequel de nous deux  a vu la vraie montagne ? Qui a la bonne version de la montagne ? Personne ne songerait même a poser cette question, tellement elle est stupide.

Et bien c’est la même chose quand la montagne est remplacée par une opinion quelconque  pour laquelle l’un de nous dit : Oui pendant que l’autre dit : Non. Et pourtant, quand on quitte la montagne et qu’on traite  une opinion, une croyance ou un jugement, et que l’on n’est pas d’accord, tout le monde ou presque, dispute, s’oppose et en arrive facilement aux menaces.

Pourquoi ?

Et bien parce qu’on ne fait pas l’analogie avec la montagne, en comprenant que l’autre a fait un parcours différent du nôtre, pour en arriver là. Tel qui a été élevé par une famille aimante et cultivée, et qui n’a pas connu de drames dans sa vie, ne peut avoir le même point de vue que celui qui s’est trouvé le 11ème enfant d’une famille pauvre, et inculte et de plus, souvent battu par son père. Ils n’auront pas le même avis sur un grand nombre de sujets. Bien sûr j’ai pris des exemples limites mais, chacun d’entre nous a son propre vécu composé à la fois de ce qui lui est arrivé et de la façon dont il y a réagi. Chacun d’entre nous s’est façonné ses propres programmations comportementales et cognitives, c’est-à-dire ses habitudes de penser, de parler et d’agir dans telle ou telle circonstance. Chacun  s’est forgé son monde imaginaire, fait de croyances qui lui sont propres, et qu’il appelle la Réalité, alors que cela n’est que SA réalité du moment, c’est SA vérité et il n’a pas envie d’en changer.

Chacun possède sa façon d’être avec les autres et de voir sa propre vie. Et lorsque deux personnes débattent amicalement d’un sujet, comme aucune des deux ne partage tous les avis de l’autre, et que les sujets sur lesquels on peut débattre sont des centaines de  milliers, la probabilité que les deux personnes soient d’accord sur tout est quasi nulle.  

C’est ce qui nous fait dire que dans notre monde vivant avec des principes de vie et des raisonnements périmés sans le savoir, la guerre est la norme et la paix l’exception. La paix est un moment de repos entre deux guerres. Non pas seulement parce que nous n’avons pas les même avis (les mêmes points de vues), mais surtout parce que chacun de nous a tendance  à vouloir convaincre l’autre qu’il a tort, en tout. La paix ne sera jamais. Sauf dans un monde de maîtres zen, et encore !

Pour faire la guerre il suffit de se laisser aller, et pour faire la paix, il faut de grands efforts, et ne jamais les relâcher.  

On reviendra sur ces réflexions qui nous amèneront à l‘idée dérangeante que les opinions n’ont finalement aucune importance, et que la plupart d’entre elles, sont à bannir si on veut vraiment créer  un monde nouveau.


Bien entendu vous pouvez ne pas être d’accord avec moi, de votre point de vue !


Pierre RAYNAUD
Author: Pierre RAYNAUD

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